Le palmarès des lycées 2015

02/04/2015 – Le secret des meilleurs établissements

Le Figaro Étudiant, Caroline Beyer – article publié le 31/03/2015

Notre classement 2015 des lycées plébiscite les établissements ayant un fort taux de réussite au baccalauréat et qui font le mieux progresser leurs élèves sur les deux dernières années.

Qu’est-ce qu’un bon lycée ? Un établissement qui affiche 100 % de réussite au baccalauréat ou qui accompagne ses élèves jusqu’à la terminale, sans procéder à un écrémage ? Un peu de tout cela à la fois. «C’est un lycée proche de chez soi, où l’on se sent bien», résume volontairement Philippe Tournier, le secrétaire général du syndicat des personnels de direction (SNPDEN) à l’Unsa. «Le nombre d’établissements qui “virent” les mauvais élèves a considérablement diminué ces dernières années», ajoute-t-il. Car les données de l’Éducation nationale, sur la base desquelles les médias publient ces classements regardés de près par les familles, invitent aux bonnes pratiques…

Premiers ex aequo, les prestigieux Louis-le-Grand et Henri-IV à Paris et le lycée Hoche à Versailles caracolent en tête de notre classement réalisé à partir des statistiques de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp) de l’Éducation nationale. Sur les 20 premiers établissements, pas moins de 18 sont implantés en Île-de-France et 11 sont des lycées privés sous contrat.

«La performance d’un lycée dépend de ce qui se passe en classe», martèle Guy Mielcarek, directeur du gymnase Jean-Sturm, établissement protestant strasbourgeois qui arrive en 17e position. «Depuis 2013, nous avons mis en place des groupes de travail d’enseignants qui échangent sur leurs pratiques», poursuit-il. Le lycée a aussi multiplié pour ses élèves de terminale des offres de préparation à Sciences Po, aux concours des écoles de commerce, aux classes préparatoires… Enfin, le lycée ne transige pas avec le travail. Tous les samedis, les terminales ont un devoir sur table, pour se préparer au baccalauréat.

Pour «faire» un bon lycée, il n’existe malheureusement pas de recette miracle. Les explications sont forcément multifactorielles. D’autant plus que la performance des établissements est toute relative. Elle dépend des caractéristiques scolaires et sociales des élèves, mais aussi de l’offre de formation du lycée. Aussi, les données fournies par l’Éducation nationale s’attachent à mettre en avant la capacité des établissements à «faire progresser leurs élèves». Et certains, qui partaient de loin, font preuve d’une belle régularité de progression sur les trois dernières années. C’est le cas du lycée Maurice-Utrillo à Stains (93), 81e de notre classement, sur plus de 1 500 lycées généraux et technologiques. Patrick Berthelot, proviseur depuis deux ans de ce lycée de 350 élèves, a fait toute sa carrière dans l’académie de Créteil. Une académie qui, compte tenu des difficultés, laisse davantage de liberté aux chefs d’établissement. «Cela permet d’innover, de prendre des risques mesurés», explique-t-il. Pour mettre fin à l’évitement auquel le lycée était confronté, ses prédécesseurs et lui ont agi sur la qualité des enseignements, mais aussi sur la «qualité perçue». Le tout sur fond d’exigence. «Nous ne sommes pas sur du curatif», résume-t-il. En lieu et place d’un cocktail magique, il décrit «un éventail de petits dispositifs». Action auprès des collégiens de troisième briefés dans leur recherche de stage par des lycéens, aide pédagogique «à tout moment», y compris une heure après la fin des cours, prépa à Sciences Po, Dauphine et l’École du Louvre… En juin dernier, le lycée Maurice-Utrillo a même dû refuser des dossiers, 118 élèves ont décroché une mention au bac 2014, 3 ont intégré Sciences Po.

Entre les établissements les plus réputés et ceux qui sont encore loin des 100 % de réussites au baccalauréat, le service statistiques de l’Éducation nationale constate le poids des «déterminismes sociaux». «Ces données le soulignent de manière déprimante. Mais que fait-on ensuite? Cela fait vingt-deux ans que le constat est fait», relève Philippe Tournier. Très prochainement, la Depp publiera des données autour du pourcentage de chances pour un élève de sixième de décrocher le baccalauréat. Car les choses se jouent au collège, qui, contrairement au lycée, est bien le maillon faible du système français.