Les entreprises cherchent à déconnecter leurs cadres accros à leurs smartphones

9/09/2014 – Les entreprises cherchent à déconnecter leurs cadres accros à leurs smartphones

Le Figaro, article de Christine Lagoutte publié

Les entreprises cherchent à déconnecter leurs cadres accros à leurs smartphones

Vie professionnelle et vie privée sont de plus en plus imbriquées grâce aux tablettes et aux smartphones.

Si les enfants sont trop connectés à leurs portables et autres consoles de jeux, ils ne sont pas les seuls. Leurs parents passent aussi de plus en plus de temps, au bureau et à la maison, à gérer leur vie professionnelle grâce à leur smartphone et à leur tablette. En un mot, ils sont incapables de décrocher, avec tous les risques de stress que cela peut impliquer. Du coup, les entreprises commencent à se pencher sérieusement sur ce problème pour trouver de nouvelles organisations du travail.

Comme le rappelle dans son dernier livre Bruno Mettling, le directeur général adjoint du groupe Orange en charge des ressources humaines, «Internet a révolutionné nos vies (…) et la digitalisation va impacter profondément l’ensemble des fonctions dans l’entreprise» (1). Toutes les études le confirment: les cadres font de moins en moins la distinction entre temps personnel et temps professionnel. Selon une enquête réalisée en 2013 par l’éditeur de logiciels Roambi, 89 % d’entre eux consultent leurs mails professionnels plusieurs fois par jour sur leur temps privé, 93 % pendant leurs congés, 82 % dans leur voiture et 51 %… dans leur lit! Francis Jauréguiberry, sociologue et professeur à l’université de Pau, indique pour sa part dans une étude sur la déconnexion volontaire (Devotic) réalisée en 2012-2013 que, pour près de 80 % des cadres, «les TIC engendrent un nombre croissant de tâches à traiter en dehors des horaires et du lieu de travail». Et près de 60 % estiment que «ceux-ci contribuent à rendre leur vie professionnelle plus stressante par excès de sollicitations ou de fonctionnement dans l’urgence».

Le problème principal, c’est que les entreprises et leurs DRH n’ont pris que très récemment la mesure du phénomène. «En moyenne, 72 % des cadres travaillent dans des entreprises qui n’ont pris aucune mesure de régulation de la communication via les TIC et plus d’un tiers ont le sentiment de ne bénéficier d’aucun droit à la déconnexion», souligne Francis Jauréguiberry.

Mais les choses sont peut-être en train de bouger, lentement. En avril, un accord de branche entre le patronat et les sociétés d’ingénierie et de conseil, la CFDT et la CFE-CGC a inscrit «un droit à la déconnexion» pour les 900.000 collaborateurs travaillant dans le numérique. Une première en France, qui vise à respecter la durée légale de repos minimal, soit 11 heures consécutives. Non-signataire de cet accord qui reste pour elle «une affirmation de principe», la CGT-cadres lance ce jeudi une campagne pour «un droit à la déconnexion et une réduction effective du temps de travail des cadres et techniciens».

Sur le terrain, certaines initiatives sont prises pour mieux gérer le comportement des salariés face à l’invasion de la culture digitale. «Journée sans mail» chez Orange ou Sodexo ; blocage de l’accès aux messageries après une certaine heure en fin de journée dans de plus en plus de sociétés ; extinction des lumières sur les plateaux pour inciter les salariés à quitter leur bureau le soir et rentrer chez eux ; charte du bon usage de la messagerie électronique ; interdiction d’envoyer des mails à n’importe quelle heure pour tenir compte des décalages horaires entre filiales à l’étranger…

Mais n’en déplaisent aux germanophobes, les idées de bonnes pratiques sont surtout à pêcher outre-Rhin. Cet été, le groupe automobile Daimler (la maison mère de Mercedes) a tout simplement décidé de lancer «un assistant d’absence» qui efface les mails arrivant dans les messageries des collaborateurs en vacances. L’expéditeur est informé de l’absence du destinataire et invité soit à contacter une autre personne, soit à attendre le retour du correspondant pour lui renvoyer le courriel. Daimler avait testé ce système pendant les vacances de Noël et a décidé de le généraliser pour les vacances d’été. Chez Volkswagen, le choix a été fait depuis trois ans de couper les serveurs entre 18 h 15 et 7 heures le lendemain matin.

(1).  Entreprises: retrouver le temps pertinent, par Bruno Mettling. Juin 2014. Débats Publics.