Le présentéisme, un syndrome japonais ?

09/02/2015 – L’État japonais veut forcer les salariés nippons à prendre des vacances

Le Figaro – Mathilde Golla, article publié le 04/02/2015

L’État veut imposer 5 jours de vacances minimum aux salariés nippons pour lutter contre le surinvestissement au travail, néfaste à la santé des employés et la productivité des entreprises. Ce phénomène n’est pas réservé aux Japonais.

Trop de travail tuerait-il le travail? Le Japon a décidé de lutter contre ce fléau en préparant une loi pour «forcer» les travailleurs à prendre 5 jours de congés minimum par an. Pour lutter contre les excès de travail des salariés, le pays a en effet proposé d’inscrire dans le code du travail un minimum obligatoire de vacances à poser. Si elle est votée, la loi n’entrera cependant en vigueur que l’an prochain.

Au pays du soleil levant, les travailleurs sont gratifiés de 20 jours de congés payés par an, s’ils ont au moins six ans et demi d’ancienneté. Toutefois, moins de la moitié de l’ensemble des vacances sont prises par les salariés. Les travailleurs se limitent à prendre tout ou partie des 15 jours fériés par an dans l’archipel (un seizième sera ajouté en 2016). Sur les terres des samouraïs, de nombreux salariés ne prennent même aucune journée. Un excès de travail nuisible à la santé et qui peut aboutir à des décès par surmenage («karoshi»).

La nouvelle loi ne concerne toutefois pas les salariés à temps partiels mais seulement les employés ayant droit à 10 jours au moins de congés payés annuels. De fait, elle s’appliquerait là où le risque sanitaire d’accident du travail ou de décès dû à la fatigue est réel.

La réputation de besogneux des Japonais n’est en effet pas un mythe. Nombreux sont les salariés qui culpabilisent à l’idée de s’absenter de leur entreprise, redoutant d’être perçus comme «celui qui se repose en laissant trimer les autres à sa place». Mais cette acharnement au travail n’est toutefois pas très payant. De fait, leur productivité est souvent qualifiée de faible par les observateurs extérieurs qui estiment que cela explique en partie des lacunes de compétitivité des firmes de l’archipel.

Plusieurs études démontrent qu’un salarié qui passe sa vie au bureau n’est pas efficace, ce qui induit une baisse de productivité. Par manque de recul suffisant, un salarié trop présent ne serait plus capable de faire son travail correctement.

Le «présentéisme» coûte entre 7 et 25 milliards d’euros aux entreprises

Mais ce phénomène n’est pas réservé aux Japonais. Les Américains lui ont même donné un nom: le «workaholism». Cette dépendance au travail inquiète également sur le Vieux continent. En Espagne, plus de 12% de la population souffrent de ce mal et 8% travaillent plus de 12 heures par jour. En Suisse, une personne active sur sept admet s’être faite diagnostiquer une dépression.

La France n’est pas non plus épargnée. La notion de «présentéisme» se développe également: le terme désigne un salarié présent à son poste de travail mais dont la productivité est en berne. Un phénomène qui se développe en cette période de crise: les salariés, inquiets de perdre leur emploi, se surinvestissent professionnellement, avec des horaires à rallonge susceptibles de provoquer un état d’épuisement émotionnel. Les spécialistes parlent même de «Burn in». Selon Matthieu Poirot, fondateur du cabinet Midori Consulting, si le taux national d’absentéisme est de 4,53% (taux national en 2012), le taux théorique de présentéisme peut être compris entre 6,34% et 9% de la masse salariale. L’expert en qualité de vie au travail estime que le coût caché du présentéisme serait entre 2,67% et 4,86% pour la masse salariale, soit entre 14 et 25 milliards d’euros par an alors que l’absentéisme coûterait 7 milliards aux entreprises (et 9 milliards à l’Etat)…Un coup de fatigue? Il se pourrait que votre responsable vous recommande de rester chez vous!