Apprentissage des langues : il n’est jamais trop tard !

04/11/2014 – L’apprentissage précoce des langues ne vaut pas l’immersion totale

Le Parisien, Adèle – article publié le 03/11/2014

 

Apprentissage des langues : il n’est jamais trop tard !

 

 

Une étude suisse du Centre scientifique de compétence sur le plurilinguisme s’est intéressée à l’importance de l’âge dans l’apprentissage des langues.

S’il est souvent argumenté que les jeunes enfants apprennent plus rapidement et facilement une langue étrangère, il semblerait que cette information soit à relativiser en milieu scolaire.

En effet, la récente étude suisse de l’Institut de plurilinguisme à Fribourg démontre que l’apprentissage précoce des langues à l’école et l’acquisition en milieu naturel sont trop souvent confondus. Des études neuro-biologiques ont étudié les effets du bilinguisme précoce, familial et biculturel mais rarement ceux de l’apprentissage d’une langue en milieu scolaire. Pourtant, les deux processus d’apprentissage sont très différents. L’apprentissage scolaire possède de nombreuses caractéristiques particulières telles que les temps d’exposition à la langue, souvent limités à quelques heures par semaine, ou le nombre restreint de locuteurs de référence…

 

Imitation Vs raison

L’étude suisse révèle que l’enseignement précoce à l’école n’est pas plus efficace qu’un apprentissage plus tardif. Dans les mêmes conditions d’enseignement, les élèves plus âgés apprennent même une seconde langue plus vite que les plus jeunes. En faisant appel à la raison, les plus âgés peuvent mieux comprendre la construction d’une langue et la mettre en pratique. Les plus jeunes ne pourront quant à eux, s’appuyer que sur l’imitation et seront dépendant du modèle de leur langue maternelle. Les élèves ayant commencé l’étude d’une langue plus jeunes n’atteignent pas un meilleur niveau de langue que les autres. Très vite, il n’est même plus possible de distinguer les élèves à l’enseignement précoce, de ceux à l’enseignement plus tardif dans les classes où ils sont mélangés.

 

Le développement de l’oreille, un facteur important

L’étude de l’Institut de plurilinguisme reconnait toutefois un avantage structurel à l’apprentissage d’une langue secondaire de manière précoce. Il s’agit de l’apprentissage phonétique. L’appareil auditif des jeunes enfants est réceptif à une plus grande variété de sons que celui des adultes. Il ne s’est pas encore resserré autour des sonorités de leur langue maternelle. L’enfant est capable de distinguer les plus petits sons, jusqu’à environ un an. Entre 4 et 8 ans, ses capacités d’imitations sont maximales. Voilà pourquoi les enfants vivants dans un milieu bilingue assimilent très rapidement les deux langues.

Il est cependant très difficile de séparer l’âge des autres facteurs importants dans cette étude. Si des effets négatifs sur la scolarité de l’enfant sont possibles, ils ne sont pas forcément liés qu’au seul facteur de précocité. Malgré l’importance de la question pour les politiques d’éducation, l’incidence de ces études est assez limitée. Il faudrait en effet pouvoir évaluer les différents facteurs sur la durée. Analyser ces enseignements jusqu’à la fin des études et même au delà permettrait peut-être de connaître l’impact de l’enseignement précoce sur les capacités linguistiques, mais aussi sur l’attrait de l’étudiant pour les autres langues.

 

L’immersion, la solution la plus efficace

Pour la plupart des personnes qui n’ont pas eu la chance de grandir dans un environnement bilingue, le séjour à l’étranger est aujourd’hui la solution la plus efficace pour apprendre une langue. Une récente étude américaine appuie encore cette idée en observant l’importance de l’environnement dans l’apprentissage d’une langue étrangère.

Selon des chercheurs de l’université de Colombia et de Singapour, il serait plus difficile d’apprendre une langue lorsque l’on est entouré de visages ou d’images associés à son pays d’origine. Des étudiants chinois ont ainsi été testés sur leur pratique de l’anglais, en regardant des images de différents pays. Lorsque les images leur étaient familières, visages ou paysages asiatiques, les étudiants cherchaient leur vocabulaire. Leur anglais était moins fluide. Les images associées à la Chine poussaient ces étudiants à réfléchir inconsciemment en chinois. Selon cette étude, un changement de cadre faciliterait ainsi l’apprentissage d’une langue. Si vous souhaitez tirer vraiment profit d’un séjour à l’étranger, évitez au maximum de regarder des photos de chez vous ou la télévision française.