L’emploi des jeunes marqué par une certaine précarité

24/10/2014 – L’emploi des jeunes marqué par une certaine précarité

Le Figaro Étudiant, Paul de Coustin – article publié le 23/10/2014

 

Le chômage a touché 58% des jeunes entrés sur le marché de l’emploi en 2010

Une enquête d’insertion professionnelle menée en 2013 par le Cereq montre que seuls 59% des emplois de la « génération 2010 » sont des CDI et que le diplôme est toujours un atout sur le marché du travail.

«La jeunesse n’est qu’un mot». En citant Pierre Bourdieu dès l’ouverture de la présentation de la dernière étude d’insertion professionnelle du Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq), qu’il dirige, Alberto Lopez annonce clairement les disparités de situation constatées.

Premier constat, la précarité des emplois trouvés par ces jeunes. Ainsi, seuls 59% des emplois occupés par les jeunes 3 ans après leur entrée sur le marché du travail sont des emplois à durée indéterminée (CDI ou fonctionnaires). Les jeunes, et plus particulièrement les moins diplômés, pâtissent fortement des effets de la crise. Il apparaît clairement que les inégalités professionnelles persistent selon le genre, les origines socio-professionnelles voire géographique à l’entrée au début de la vie active.

Certes «91% des jeunes ont travaillé au cours de leur trois premières années de vie active». Mais au total, 58% des jeunes de la «génération 2010» ont connu le chômage depuis la fin de leurs études. Parmi eux, 28% des jeune sans diplômes ont connu une période de plus de 2 ans.

Les inégalités socio-culturelles restent importantes

«L’effet du diplôme est toujours aussi manifeste» veut rassurer le Céreq. Plus le niveau de diplôme augmente, plus les jeunes s’insèrent facilement sur le marché du travail et à l’inverse, la crise pénalise fortement les jeunes les moins diplômés et creuse les inégalités. Ainsi, 40 % des jeunes qui sont entrés sur le marché du travail sans diplômes en 2010 sont en situation de chômage ou d’inactivité durable, soit deux fois plus que les jeunes diplômés de CAP-BEP. Au contraire, les diplômés de l’enseignement supérieur, sans être épargnés, sont moins de 5 % à rester aux marges de l’emploi au cours des trois ans. Exception notable, les diplômés bac +2/3 du secteur «santé social» ont un accès durable à l’emploi de 95%, taux plus élevé encore que celui des doctorants (86%).

Selon l’étude du Céreq, l’origine sociale «pèse toujours sur le devenir professionnel» des jeunes. Ceux issus d’une famille de cadres ont des trajectoires nettement plus avantageuses: 71 % d’entre eux ont accédé rapidement et durablement à l’emploi, contre 55 % des jeunes issus d’une famille d’ouvriers ou d’employés et contre 51 % pour les jeunes issus de l’immigration. Trois ans après son entrée sur le marché du travail, un enfant de cadre a quatre fois plus de chances d’être cadre à son tour qu’un enfant d’ouvrier. Surtout, on observe des inégalités d’accès à un poste de cadre à diplôme égal. A bac+5 ou plus, 72% des jeunes dont les deux parents sont cadres sont devenu cadres eux-mêmes. Ce taux tombe à 60% pour les individus de niveau équivalent dont les parents sont ouvriers ou employés.

Accéder à un emploi s’avère toujours plus difficile pour les jeunes issus de l’immigration. À tous les niveaux de sortie, quel que soit leur sexe, les jeunes issus de l’immigration (13 % de la génération) connaissent des débuts plus chaotiques que les autres et suivent davantage une trajectoire aux marges de l’emploi. Pour ce qui est des jeunes qui résidaient en zone urbaine sensible (ZUS) à la fin de leurs études, trois ans après leur sortie, leur taux de chômage est de 34 %, soit 12 points de plus que celui des autres jeunes de la génération 2010. Là encore, les difficultés d’insertion renvoient en bonne partie, mais en partie seulement, aux faibles niveaux de diplôme.

Des inégalités salariales hommes/femmes à tous les niveaux

«Contrairement à ce que l’on pouvait observer pour les générations précédentes», indique le Céreq, «la situation des jeunes femmes sur le marché du travail semble meilleure que celle des jeunes hommes». Le taux de chômage féminin (20 %) est inférieur à celui des hommes (23%) sur les trois premières années d’insertion.Cet avantage relatif dû à un meilleur niveau de diplôme des femmes n’efface pourtant pas les inégalités sur le marché du travail.

Car à diplôme égal, les femmes ont un taux de chômage plus élevé, mais surtout, leur salaire est inférieur à tous les niveaux! Les différences de salaires les plus marquées s’observent à des niveaux peu diplômés (20% de différence sans aucun diplôme et 14% à un niveau CAP/BEP) mais également après des études supérieures (13% à bac+3/4 et 15% à bac+5). Enfin, les femmes subissent plus que les hommes le temps partiel contraint et sont moins souvent embauchées en emploi à durée indéterminée.

67% des jeunes ayant un travail sont satisfaits de leur situation

Les premiers résultats de l’enquête avaient révélé que cette «génération 2010» avait atteint le taux de chômage le plus élevé observé dans les enquêtes du Céreq. Mais paradoxalement, lorsque les jeunes travaillent, leur satisfaction ne paraît pas entamée par la très mauvaise conjoncture: 67 % des jeunes occupant un emploi salarié au printemps 2013 déclarent que leur situation leur convient et qu’ils ne souhaitent pas changer d’emploi.

À l’opposé, 13 % de jeunes «insatisfaits» recherchent un autre emploi et déclarent que leur situation ne leur convient pas. Par ailleurs, 80 % déclarent «se réaliser professionnellement». Tous ces chiffres n’ont presque pas varié par rapport à ceux de la Génération 2004. Très peu liée au niveau de diplôme ou au genre, la satisfaction vis-à-vis de la situation professionnelle dépend toujours du contrat et du temps de travail, ainsi que du niveau de rémunération.